MÉDICAMENTS PSYCHOACTIFS


UN MÉDICAMENT PSYCHOACTIF, QU’EST-CE QUE C’EST ?

Prescrit et utilisé avec discernement, un médicament psychoactif permet d’atténuer ou de faire disparaître une souffrance psychologique : anxiété, angoisse, insomnie, dépression, psychoses, maladie affective bipolaire, etc.

Un médicament psychoactif est prescrit par un médecin. Après examen, celui-ci établit un diagnostic et, s’il l’estime nécessaire, détermine le traitement le mieux adapté à l’état de santé de la personne.

Un grand nombre de personnes utilisent, avec ou sans ordonnance, des médicaments psychoactifs pour faire face à des troubles provoqués par leurs difficultés quotidiennes. Parmi elles, on peut citer les personnes âgées confrontées à la solitude, ainsi que les personnes exposées à une surcharge de responsabilités, au stress ou à un événement éprouvant.

Les troubles du sommeil sont un motif fréquent de consultation médicale et de prescription de médicaments psychoactifs. Ces troubles peuvent être passagers ou occasionnels et peuvent parfois devenir chroniques. Les causes peuvent être physiques, psychologiques, psychiatriques ou dues, tout simplement, à des conditions peu propices au sommeil.

EFFETS ET DANGERS DES MÉDICAMENTS PSYCHOACTIFS

Les effets des médicaments psychoactifs diffèrent selon leur composition chimique, les doses administrées et la sensibilité de la personne.

Consommer des médicaments et d’autres substances psychoactives en même temps comporte des dangers, d’autant plus que certaines interactions sont méconnues. Le mélange avec l’alcool, par exemple, potentialise ou annule les effets de chacune des substances absorbées.

Les effets d’un médicament psychoactif diffèrent selon la catégorie à laquelle il appartient. On distingue principalement :

  1. les anxiolytiques et les sédatifs
  2. les somnifères ou hypnotiques
  3. les antidépresseurs
  4. les antipsychotiques
  5. les stabilisateurs de l’humeur

1. Les anxiolytiques et les sédatifs

Ils font partie des dépresseurs du système nerveux central. Ils diminuent l’angoisse et les manifestations de l’anxiété (tension musculaire, agitation, etc.) tout en calmant et en apaisant. Cependant, tout état d’anxiété ou d’angoisse ne nécessite pas systématiquement une prescription de ces médicaments.

Les anxiolytiques et les sédatifs les plus prescrits, notamment pour de longues durées, appartiennent à la famille des benzodiazépines. Les benzodiazépines préférablement utilisées comme anxiolytiques sont l’alprazolam (Xanax®), le bromazépam (Lectopam®), le chlordiazépoxide (Apo-Chlordiazépoxide®), le clorazépate (Tranxène®), le diazépam (Valium®), le lorazépam (Ativan®) et l’oxazépam (Serax®).

Ces substances peuvent entraîner la perte de mémoire des faits récents, la baisse de la vigilance, la somnolence et la diminution des réflexes. Ces effets rendent dangereuse la conduite d’un véhicule ou l’utilisation de machines ou d’équipement nécessitant une attention particulière. Ces produits sont connus pour le risque de dépendance physique et psychologique qu’ils entraînent. Ils sont souvent utilisés à doses massives ou en association avec d’autres produits et conduisent à une forme de toxicomanie difficile à surmonter.

Les autres médicaments pouvant être utilisés comme anxiolytiques ou sédatifs sont les barbituriques, la buspirone (BuSpar®), l’hydrate de chloral (Hydrate de chloral-Odan®) et la zopiclone (Imovane®).

2. Les somnifères ou hypnotiques

Ils font aussi partie des dépresseurs du système nerveux central et sont destinés à induire ou à maintenir le sommeil. De ce fait, ils peuvent diminuer la vigilance en état d’éveil. Les somnifères les plus prescrits, notamment pour de longues durées, appartiennent aussi à la famille des benzodiazépines.

Les benzodiazépines préférablement utilisées comme hypnotiques (somnifères) sont le flurazépam (Dalmane®), le nitrazépam (Mogadon®), le témazépam (Restoril®) et le triazolam (Halcion®). Ces benzodiazépines ont les mêmes propriétés que les autres.

Elles sont aussi fréquemment utilisées de façon abusive, à doses massives ou en association avec d’autres produits.

Notons que les autres benzodiazépines précédemment décrites comme anxiolytiques et sédatifs peuvent aussi être employées comme somnifères aux doses appropriées. Enfin, les médicaments hypnotiques qui ne font pas partie des benzodiazépines sont les barbituriques, l’hydrate de chloral (Hydrate de chloral-Odan®) le zaleplon (Starnoc®) et la zopiclone (Imovane®).

3. Les antidépresseurs

Les antidépresseurs font partie des médicaments psychoactifs. Certains agissent directement ou indirectement sur les neuromédiateurs, en particulier sur la sérotonine et la noradrénaline. Ils sont prescrits dans le traitement de la dépression, dont les symptômes sont notamment : diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir à vivre, troubles du sommeil, agitation ou apathie, sensation de fatigue ou perte d’énergie inexpliquées, sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive, diminution de l’aptitude à penser et à se concentrer.

En se basant sur leur mécanisme d’action, les antidépresseurs se classent en huit catégories et comprennent notamment :

  • l’imipramine (Tofranil®)
  • la venlafaxine (Effexor® XR)
  • le citalopram (Celexa®), l’escitalopram (Cipralex®), la fluoxétine (Prozac®), la fluvoxamine (Luvox®), la paroxétine (Paxil®) et la sertraline (Zoloft®)
  • la mirtazapine (Remeron®, Remeron RD®)
  • le bupropion (Wellbutrin® SR, Wellbutrin® XL, Zyban®)
  • la phénelzine (Nardil®) et la tranylcypromine (Parnate®)
  • le moclobémide (Manerix®)
  • la sélégiline (Gen-Selegiline®)

Les antidépresseurs peuvent entraîner des effets indésirables : perte de vigilance, somnolence, excitation.

Ces médicaments doivent être réservés aux dépressions diagnostiquées par le médecin.

Ils n’entraînent pas de dépendance physique significative. Cependant, la diminution de la posologie doit être progressive afin d’éviter, en cas d’arrêt soudain, des symptômes tels les nausées, les vertiges et un retour trop brutal du syndrome dépressif. Idéalement, l’arrêt de ces médicaments devrait se faire sous supervision médicale.

4. Les antipsychotiques

Les antipsychotiques font également partie des médicaments psychoactifs. Ils sont principalement utilisés pour le traitement des psychoses (maladies mentales qui affectent les comportements), dont la schizophrénie.

Dans le traitement de ces maladies souvent longues, la prise en charge psychologique et sociale du patient est aussi importante que le traitement par les médicaments.

Comme pour tout traitement médical, son interruption est particulièrement déconseillée sans l’avis du médecin.

Ces produits n’entraînent pas de dépendance.

Les antipsychotiques sont groupés en neuf classes chimiques et comprennent principalement :

  • la chlorpromazine (Largactil®)
  • l’halopéridol (Halopéridol®)
  • le flupenthixol (Fluanxol®)
  • le pimozide (Orap®)
  • la loxapine (Loxapine®)
  • la clozapine (Clozaril®)
  • l’olanzapine (Zyprexa®)
  • la quétiapine (Seroquel®)
  • la rispéridone (Risperdal®)

5. Les stabilisateurs de l’humeur

Les stabilisateurs de l’humeur sont des médicaments indiqués pour traiter la maladie affective bipolaire, autrefois appelée psychose maniaco-dépressive. Ils facilitent la régularisation de l’humeur des personnes aux prises avec des alternances de manie et de dépression.

Le prototype de cette classe de médicaments est le lithium (Carbolith®, Duralith®, Lithane®).

Du fait que le lithium manifeste une efficacité limitée chez certains patients et que sa toxicité soit significative, l’acide valproïque (Depakene®, Epiject I.V.®) et la carbomazépine (Tegretol®) représentent des bonnes alternatives au lithium.

Enfin, la quétiapine (Seroquel®) et la rispéridone (Risperdal®) sont utilisées pour traiter les épisodes de manie du trouble bipolaire. Quant à l’olanzapine (Zyprexa®), elle est aussi employée pour traiter les épisodes maniaques ou mixtes de la maladie affective bipolaire.


Du bon et du mauvais usage de ces médicaments qui sont faits pour soigner et qu’il ne faut surtout pas prendre à la légère

Prescrit et utilisé avec discernement, un médicament psychoactif permet d’atténuer ou de faire disparaître une souffrance psychologique

Les effets des médicaments psychoactifs diffèrent selon leur composition chimique, les doses administrées et la sensibilité de la personne

Ces substances peuvent entraîner la perte de mémoire des faits récents, la baisse de la vigilance, la somnolence et la diminution des réflexes

Les somnifères sont fréquemment utilisés de façon abusive, à doses massives ou en association avec d’autres produits

Les antidépresseurs doivent être réservés aux dépressions diagnostiquées par le médecin

Il est particulièrement déconseillé de prendre ce type de médicaments sans l’avis du médecin

Les stabilisateurs de l’humeur sont des médicaments indiqués pour traiter la maladie affective bipolaire

QUELQUES CONSEILS

  • Les médicaments psychoactifs ne doivent pas être réutilisés sans nouvel avis médical et ne conviennent pas à une autre personne : une ordonnance doit demeurer personnelle
  • Une consultation médicale ne se termine pas obligatoirement par la prescription de médicaments notamment d’anxyolitiques, de sédatifs ou de somnifères
  • Le patient doit se conformer strictement à l’ordonnance du médecin et éviter de prendre simultanément de l’alcool et d’autres drogues lors d’un traitement qui implique des médicaments psychoactifs
  • La prise d’alcool ou d’autres dépresseurs du système nerveux central au cours d’un traitement aux benzodiazépines comporte certains risques, car cette combinaison entraîne une potentialisation des effets dépresseurs qui se traduit par une détérioration des capacités psychologiques et motrices


MÉDICAMENTS PSYCHOACTIFS ET DÉPENDANCE

Si certains médicaments psychoactifs n’entraînent pas de dépendance physique, une dépendance psychologique est possible selon chaque individu, pour chaque substance. Quant aux benzodiazépines, elles peuvent entraîner une dépendance à la fois physique et psychologique.

Lorsque la consommation d’un médicament psychoactif est augmentée au-delà de la dose prescrite par le médecin, on parle de toxicomanie médicamenteuse. Elle peut prendre plusieurs formes :

La toxicomanie médicamenteuse classique

Cette pratique de consommation se rapproche de la dépendance : la vie de l’usager est centrée sur sa consommation. On constate une alternance entre des moments de consommation contrôlée et des moments de consommation excessive. Lorsqu’on essaie de comprendre ce qui motive ces consommations, il est souvent difficile de distinguer la recherche de l’oubli, du sommeil, du soulagement de l’anxiété, de la recherche d’un mieux-être ou du besoin de se réfugier dans un état second.

Elle concerne tous les types de médicaments, les associations de différents médicaments n’étant pas rares.

La toxicomanie médicamenteuse insidieuse

Les médicaments sont généralement pris suite à une prescription médicale et, face à la persistance des symptômes ou à l’apparition de symptômes nouveaux, l’escalade médicamenteuse s’installe. En effet, la personne cherche toujours le produit qui la guérira, et le médecin, tout en percevant plus ou moins le bien-fondé de cette demande, prescrit de nouveaux médicaments ou augmente la posologie.

La situation se complique lorsque le patient fait lui-même ses mélanges, associe les diverses ordonnances d’un ou de plusieurs médecins, dans un but d’automédication.

Dans ce cas, le patient, attaché à ses ordonnances, desquelles il ne supporte pas qu’on supprime un ou plusieurs produits, consomme de façon rituelle des quantités considérables de comprimés, capsules, etc.

Dans cette conduite, il est difficile de faire la part de la contribution réelle de la maladie entre la dépendance physique et psychologique, la peur de voir le symptôme réapparaître et l’envie de ressentir l’effet du médicament.



Il est souvent difficile de distinguer la recherche de l’oubli, du sommeil, du soulagement de l’anxiété, de la recherche d’un mieux-être ou du besoin de se réfugier dans un état second

La situation se complique lorsque le patient fait lui-même ses mélanges, associe les diverses ordonnances d’un ou de plusieurs médecins, dans un but d’automédication

HISTORIQUE

LES PLANTES ONT ÉTÉ LA BASE DE LA MAJORITÉ DES TRAITEMENTS

La pharmacopée (l’ensemble des médicaments) des Mésopotamiens comportait déjà près de 250 espèces de plantes pour soigner. À partir de la Renaissance, arrivent les végétaux d’origine tropicale. L’isolement des principes actifs des plantes ou des substances d’origine végétale n’intervient qu’au début du XIXe siècle, grâce aux progrès de la chimie.

Les substances d’origine animale sont moins fréquentes mais tout aussi anciennes. Poison et venin de certaines espèces étaient utilisés.

Les substances d’origine minérale sont employées depuis toujours à des fins thérapeutiques. Les anciennes civilisations égyptiennes utilisaient le carbonate de calcium pour soigner les acidités du tube digestif, et les Romains, la rouille de fer pour arrêter les hémorragies. Aujourd’hui, certains minéraux sont utilisés par exemple dans les traitements de carences en oligoéléments (fer, cuivre, manganèse, iode, calcium, magnésium, etc.) ou dans le traitement de la maladie affective bipolaire (lithium).



MÉDICAMENTS PSYCHOACTIFS
       LES CHIFFRES D’UNE RÉALITÉ QUÉBÉCOISE

  • Les médicaments psychoactifs (classes des antidépresseurs, des antipsychotiques et des anxiolytiques, sédatifs et hypnotiques) sont les médicaments les plus prescrits aux participants au régime public d’assurance-médicaments du Québec (environ 2 200 000 personnes) en 200122 (12,9 % de toutes les ordonnances) et en 200523 (15,5 % de toutes les ordonnances).
    Tendance statistique :  de plus de 3,5 millions
    d’ordonnances de médicaments psychoactifs (pour environ un même nombre de participants) de 200122 à 200523.
             

PRODUIT
ILLICITE



QUE PRÉVOIT LA LOI?

  • Les benzodiazépines, les autres anxiolytiques, sédatifs et hypnotiques, les antidépresseurs, les antipsychotiques et les stabilisateurs de l’humeur ne font pas partie des annexes de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. Ce sont des médicaments qui nécessitent une ordonnance.
  • À cause de leur abus, depuis le 1er septembre 2000, les benzodiazépines sont des médicaments ciblés, c’est-à-dire davantage contrôlés.